Concarneau - Ville Bleue

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Attractivité touristique, qualité esthétique du cadre de vie, le patrimoine architectural d’une commune constitue un atout manifeste que Concarneau entretient désormais avec l’aide de l’État grâce à une convention signée récemment.

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Les remparts - Chronique d’une destruction évitée

Plus d’un million de visiteurs viennent chaque année admirer les fortifications majestueuses de la Ville-close : depuis des siècles, les remparts protègent Concarneau et contribuent à sa singulière beauté. Aujourd’hui classés aux Monuments historiques, ils ont pourtant bien failli être détruits à la fin du XIXe siècle.

Ils affichent de solides mensurations : trois mètres d’épaisseur pour 980 mètres de long, les imposants murs en granite de la Ville-close rappellent le rôle défensif de la cité au cours de l’histoire. Si les remparts datent du XVe siècle, les toutes premières fortifications pourraient remonter au XIIIe siècle, à l’époque où l’île de Conq, naturellement protégée et idéalement placée entre Quimper et Pont-Aven, faisait l’objet de convoitises. Conq-Kerne, chef-lieu d’une châtellenie ducale, est nommée parmi les places de guerre de Bretagne dès 1355. Occupée plusieurs fois par les Anglais, elle est reprise par Du Guesclin en 1373, et se retrouve au coeur du conflit entre le duc de Bretagne et le roi de France en 1489… Véritable place forte stratégique, elle subit des remaniements successifs au fil du temps et des évolutions des techniques de guerre : pont-levis, tours, éperons, créneaux, magasin à poudre, arsenal, batteries, caserne… Mais l’entretien de l’enceinte impose des coûts permanents, et déjà en 1623, les États de Bretagne demandent sa démolition, recommandation finalement restée sans suite. C’est au mitan du XIXe, alors que de nouveaux travaux de restauration tardent à se réaliser, que l’ilot commence à perdre de son intérêt stratégique : ses fortifications ne sont plus adaptées aux progrès de l’artillerie. Le génie militaire se désintéresse du site, l’infanterie abandonne progressivement la place. Le 15 août 1894, le général Victor Le Vosseur, commandant du 11e corps d’armée, écrit au ministre de la Guerre pour lui signifier que ses hommes n’ont plus rien à protéger, puisque « depuis 1889, la poudrière a été évacuée, les pièces d’artillerie ont été démontées et déplacées à Lorient ». Concarneau n’est plus classée comme place forte et le dernier détachement militaire est supprimé.

LES REMPARTS : UNE MANNE DE PIERRES À L’HEURE DE LA CONSTRUCTION

Débarrassée de ses obligations et servitudes militaires, la ville se déploie vers l’ouest, alors même que les conserveries se développent. La Ville-close n’est plus une place de guerre, dès lors les fortifications perdent leur raison d’être. Le 12 juillet 1898, le département de la Guerre les remet à l’administration des domaines. Celle-ci songe alors à vendre les remparts dont les masses de pierres sont déjà convoitées par les entrepreneurs pour bâtir les nouveaux quartiers. Un collectif de défense se constitue pour sauver les remparts, suivi par 263 habitants signataires d’une pétition et soutenu par la municipalité qui délibère le 19 novembre 1898 : « Le conseil municipal à l’unanimité s’associe aux pétitionnaires qui ont signé la requête à Monsieur le ministre de la Guerre en vue d’éviter l’acte de vandalisme que constituerait la vente des remparts. » Le 27 février 1899, le ministère des Beaux-Arts décide alors que « conformément à l’avis émis par la Commission […], les remparts de la ville de Concarneau sont classés parmi les Monuments historiques ». Une décision qui confère une valeur historique et patrimoniale au site, même si le classement définitif n’interviendra qu’en 1913. Les remparts sont cédés en 1902 à la Ville qui devient officiellement propriétaire des ponts, du ravelin, de la demi-lune, du corps de garde de l’entrée, des tours Neuve, au Vin, de la Fortune et d’une partie des courtines.

LA PEINTURE AU SECOURS DU PATRIMOINE
C’est donc le collectif de défense des remparts qui a permis de sauver l’enceinte de la Ville-close. Or, ce collectif aurait compris dans ses rangs certains des artistes séduits par Concarneau et les scènes colorées et typiques de son port de pêche. Le peintre néo-zélandais Sydney Lough Thompson écrit justement : « Concarneau a un pittoresque irrésistible qui attire tous les artistes si fortement qu’elle est connue comme la ville des trente ateliers et des trente usines à sardines. » Ainsi, dans un article de 1902, le journal Le Finistère fait référence à cette colonie : « Se souvient-on qu’en 1898 les remparts furent un moment menacés de disparaître ? […] Les habitants de Concarneau ne furent pas les seuls à protester ; avec eux protestèrent tous les artistes, et Dieu sait s’ils sont nombreux, qui se sont fait de Concarneau une seconde patrie. » Parmi les peintres influents, on cite souvent Fernand Le Gout-Gérard (1854- 1924), originaire de Normandie et installé à Concarneau : il aurait remis personnellement la pétition au secrétaire d’État aux Beaux-Arts, un ancien condisciple du collège de Saint- Lô. Peintre officiel de la Marine, Fernand Le Gout-Gérard avait acquis la villa Ker Moor d’où il dominait la baie de Concarneau, admirée par tant d’artistes. Il présida également le comité de la fête des Filets Bleus, en solidarité avec les pêcheurs. Ses œuvres sont parmi les plus connues et les plus appréciées des peintres du groupe de Concarneau.

UN PATRIMOINE À PRÉSERVER

Aujourd’hui, les remparts de Concarneau font figure d’emblème de la ville : majestueux, ils imposent leur fier profil face au vent et à la mer. Ils sont aussi les témoins exceptionnels de six siècles d’évolution architecturale dans le domaine des fortifications. À tous ces titres, ils font l’objet de constantes rénovations et d’entretien. La municipalité et l’État se sont d’ailleurs engagés, en septembre dernier, dans une convention de restauration de la Ville-close pour près de 2,7 millions d’euros de travaux.

> Sources :
> Les fortifications de Concarneau, par Thierry Ribouchon, Ed. Du Palémon
> Concarneau, histoire d’une ville, par Louis-Pierre Le Maître, éd. Palantines
> Murs de ville à Quimper et fortifications à Concarneau : destins croisés de remparts médiévaux, par Manuelle Aquilina, Mémoire de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, Actes du congrès de Concarneau, tome 85 – 2007
> www.concarneau-peintres.fr

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